L'Atelier du Geste

Quand ça transe-forme l'épreuve

Quand la parole ne va pas de soi ou que l'on a déjà dit et redit, le mouvement reste toujours une issue : il suffit d'un geste, écrit François Roustang.
Le geste, sensible, eutonique, presqu'artistique, ouvre un espace transitionnel dans le sujet et entre les sujets. L'idée d'un atelier du geste m'est venue à partir des médiations et transitions corporelles que j'utilise en thérapie et à partir de ma pratique du tai ji quan. Il s'agit d'aider chacun à ressentir le mouvement vital et à l'oser, à explorer le corps dans ses possibilités, à franchir ses peurs et ses inhibitions, à circuler plus librement dans l'espace, y compris relationnel.

Comme le dit Vinciane Despret, il permet de trouver le régime de confiance de son corps et de son être. Les éprouvances proposées pour ouvrir les voies du plus-être de chacun viennent aussi bien des traditions du monde (yoga, shiatsu, tai ji quan, transe Terpsichore des derviches, danse primitive, méditation...) que des créations contemporaines (Feldenkrais, Body mind movement, contact-improvisation, buto, eutonie, ...).

Le geste rythmique, ludique, communicatif ... ouvre, étaye, contient, crée. D'y être d'abord quelque peu tendu, le sujet trouve vite comment tendre vers l'insu de soi et vers les autres. En sentant partout à la fois au même instant (F. Roustang), l'être prend conscience de son potentiel et de sa plasticité. Ici et maintenant, vient la recherche de confort, de sécurité, de plaisir, de reconnaissance et de sens, à travers le mouvement co-senti, le contact et le lâcher-prise. La tension de l'atelier du geste est une tension ouvrante et contenante à la fois, qui permet une meilleure régulation tonique, un recentrement progressif et une meilleure intégration posturale, l'assouplissement des défenses, la recherche des ressources internes et l'audace de nouveaux déploiements de soi.

Se sentir enraciné, redevenir mobile et mobilisable, entrer dans les rythmes primaires de nos échanges avec le monde, en remettant en jeu les qualités plastiques de son être, sa consistance, son élasticité, sa retenue, ses élans et ressorts, chaque participant-e, par ce qu'il/elle accepte de vivre dans le groupe (de recevoir et de donner), est attiré-e vers des niveaux de présence, de régulation, d'organisation, de stabilité structurelle, d'expériences émotionnelles et relationnelles, plus intégratifs. S'adressant aux personnes éprouvées par la vie, il permet l'émergence de possibilités insoupçonnées.

Le sujet de l'épreuve se laisse surprendre au gré des trajets qui lui sont proposés par son désir d'oser, oser vivre, oser sentir et être. En se produisant, les corps-sujets rencontrent un nouveau flitre d'être, ils ouvrent leurs tissus connectifs, leurs cellules et leurs atomes et se permettent d'improviser, de composer et d'entrer dans l'insolite et le subtil.

{Extrait du livre de Michel Galasse, Mouvement et travail corporel en psychanalyse, Dangles 2012}